Transgresser, ou l'art de dépasser les bornes

Transgresser, ou l'art de dépasser les bornes

16.04.14 Actualités2014

Par Élizabeth Plourde

 

Transgresser, ça veut dire « aller au-delà d’une limite », « enfreindre ». « Ne pas obéir ».
Transgresser, c’est aussi prendre plaisir à offusquer le monde. C’est rire au nez des bien-pensants. Voler des fleurs dans le parterre de la voisine. Péter à l’église…

 

Que peut bien signifier la notion de transgression pour les participants d’Entr’actes ? Depuis septembre, ils s’interrogent sur ces situations qui les amènent à avoir envie de s’affirmer en faisant fendre les coutures des habits trop serrés et souvent trop propres qu’on les force parfois à revêtir.

 

L’an dernier, Entr’actes a amorcé un triptyque de spectacles devant culminer en 2014-2015 avec les festivités destinées à souligner le 20e anniversaire de l’organisme. 20 ans, c’est l’âge adulte qui commence, et en ce sens, on s’est donné pour objectif d’explorer avec fougue et conviction des chemins qui mènent vers une meilleure connaissance de soi. À partir de trois verbes forts – désirer, transgresser, célébrer –, on affirme que s’accomplit pour nous le passage vers la maturité.

 

Si Désirer a donné à voir toutes ces passions qui chavirent l’âme et le corps, Transgresser, la production annuelle des ateliers qui aura lieu les 10 et 11 mai prochains au Théâtre Périscope, promet d’être nettement plus abrasive. Pour vous titiller un brin, nous avons demandé à trois vétérans enseignants d’Entr’actes de nous donner un aperçu de ce qu’ils manigancent en vue de la présentation de fin d’année :

 

Julie Pichette – enseignante de l’atelier de danse
Danseuse, chorégraphe, scénographe et costumière qui gravite autour d’Entr’actes depuis ses débuts, spécialiste du butô et du bharatanatyam

 

Julie, tu enseignes la danse à Entr’actes depuis plusieurs années déjà. Selon toi, qu’est-ce qui a le plus évolué depuis ton arrivée pour qu’on en vienne aujourd’hui à te demander de te pencher sur la notion de transgression ?

 

Lorsque j’ai débuté ma collaboration avec Entr’actes, je n’avais aucune idée de ce dans quoi je m’embarquais. À l’époque, je ne me doutais pas que cette collaboration allait durer aussi longtemps ! Certains participants qui étaient là à mes débuts sont encore là aujourd’hui, alors je dirais que ce qui caractérise le plus notre évolution, c’est qu’elle s’est faite « en gang ». Ensemble. Cette complicité si précieuse nous a amenés à développer une confiance mutuelle. Parce que nous nous connaissons mieux, nous avons moins peur d’essayer des choses lorsque nous nous laissons aller à la création. La preuve ? Cette année, le thème « transgresser » nous a amenés à explorer l’univers du butô – la danse de la mort – , une danse obscure, underground, et qui n’a rien de « belle »…

 

Alexandre Fecteau – enseignant de l’atelier de théâtre
Metteur en scène professionnel, récipiendaire du prestigieux Prix John-Hirsch 2013 du Conseil des arts du Canada et cofondateur du collectif Nous sommes ici, enseignant à Entr’actes depuis 2010

 

Qu’est-ce qui t’a le plus étonné dans ce que les participants de ton groupe de théâtre t’ont confié par rapport à ce que voulait dire pour eux le verbe « transgresser » ?

 

Contrairement à ce que j’anticipais, les participants de mon groupe n’ont pas du tout associé le verbe « transgresser » à l’idée de désobéissance ou de provocation. Pour eux, le mot renvoyait surtout au fait de dépasser positivement ses propres limites. Leur compréhension tournait notamment autour des défis qu’ils rencontrent au quotidien, spécialement dans leurs rapports sociaux, et qui les amènent à devenir de meilleures personnes. Pour bousculer un peu les choses, j’ai tenté de les amener à aller à l’encontre de leur naturel en les poussant vers ce que j’appellerais la « petite délinquance ». Comme à Entr’actes, on est généralement très respectueux entre nous, je me suis dit qu’on pourrait avoir un plaisir fou à tester nos limites respectives. Et comme de fait, des idées assez mordantes ont émergé.

 

Éric Guénard – enseignant de l’atelier de cinéma
Réalisateur, producteur et scénariste, fondateur des Productions Cina, impliqué à Entr’actes depuis maintenant 4 ans

 

Qu’est-ce que le fait de travailler avec les participants d’Entr’actes t’amène à transgresser dans ta pratique cinématographique ?

 

Cette année, on a transgressé de tous bords tous côtés ! En ce qui concerne le propos d’abord, la thématique nous a inspiré un sujet de film assez inusité : il y est question d’un meurtre que l’on cherche à camoufler. Il fallait voir les participants embarquer à cœur joie dans ce grand malaise ! Sur le plan de la forme ensuite, nous nous sommes laissé tenter par la transgression des genres cinématographiques. Dans ma pratique personnelle, il m’arrive de produire des œuvres dont la facture diffère beaucoup d’un film à l’autre, mais jamais auparavant je n’avais fait se croiser comédie, horreur et suspense. Pour moi, c’est une première, et ce sont les participants d’Entr’actes qui ont inspiré cette entorse aux codes habituels du cinéma. Une chose est sûre, le résultat est assez déconcertant…

***

Ce n’est pas tous les jours qu’on a l’occasion d’enfreindre les règles en toute impunité. À Entr'actes, on se dit que pour savoir jusqu’où nos participants sont capables de se rendre, il faut les laisser libres de tester l’étanchéité du cadre. Venez donc découvrir avec nous ce qui leur donne le goût de dépasser les bornes ! Vous pourriez être surpris. Un peu déstabilisés aussi, sans doute. Eh bien ce sera tant mieux.

 

Réservations: 418-523-2679 poste *4095

 

16 $ admission générale, 12 $ membres, 8 $ 12 ans et moins

 

Pour aller sur notre page Transgresser cliquez ici

 

logoCDEC350logoCoop350