Projet Ricochet - Bond par bond

Projet Ricochet - Bond par bond

19.02.21 Actualités2021

 Texte et entrevue par Marie-Ève Lussier-Lévesque

 

Le projet Ricochet est une initiative qui a été pensée en plein cœur de la première vague de la pandémie. Alors que les mois de confinement se prolongeaient au cours de l’année de notre 25e anniversaire, notre responsable des ateliers eut l’idée d’orchestrer trois séances de Facebook live avec les participants d’Entr’actes. Les séances se sont déroulées en trois temps : le 15 juin, le 16 juillet et le 31 août 2020. Chaque séance était composée de partages d’extraits vidéo de scènes de théâtre, de chorégraphies de danse et de réalisations cinématographiques produites à différents moments de l’histoire féconde d’Entr’actes, afin d’inspirer et d’offrir la possibilité aux participants de produire, sur une base volontaire, des créations personnelles.

Le vendredi 5 février dernier, les artistes de la communauté d’Entr’actes ayant participé au projet ont pu partager leurs créations entre eux. Sous la forme d’une rencontre informelle et conviviale via la plateforme de visioconférence Zoom, on pouvait assister à la lecture de textes intimes et profonds, admirer des dessins et collages et visionner des vidéoclips tout en créativité.

Pour clore le chapitre en beauté, Jean-Nicolas Marquis, responsable des ateliers et maître d’œuvre de Ricochet, a accepté de répondre à quelques questions en lien avec le déroulement du projet.

  1. À l’origine, quel était le but de ce projet ?

Il faut se rappeler que dans les mois qui ont suivi le déclenchement de la pandémie, tous nos ateliers étaient arrêtés. Il n’était pas possible de se rencontrer en présentiel à ce moment-là. Alors que tout le monde était isolé chacun chez soi, nous avons souhaité offrir à nos participants un espace où ils pouvaient continuer à être actifs créativement parlant et, surtout, un espace qui leur permettait de garder contact, autant d’un point de vue social que d’un point de vue artistique. On voulait éviter que les gens se retrouvent isolés et, conséquemment, qu’ils perdent cette possibilité de créer qu’Entr’actes leur offre. Rappelons-nous que les participants d’Entr’actes sont des artistes ! Mettre sur pied le projet Ricochet constituait pour nous une façon de dire « on ne vous oublie pas et on reste avec vous artistiquement ».

  1. Pourquoi avoir choisi la forme de séances privées en Facebook live ?

Ce que j’espérais, c’était que le plus de monde participe et reste créativement engagé ! Quand on donne le coup d’envoi à une initiative comme celle-là, on ne sait pas ce que ça va donner ! J’avais de l’appréhension, je me disais « bon, ben, est-ce qu’il va y avoir seulement 3-4 personnes qui vont se pointer et qui vont venir voir ? » Et finalement, non ! Les gens sont venus. En fait, beaucoup de nos participants utilisaient déjà Facebook et même quand il y avait des personnes qui ne pouvaient pas assister aux séances, c’était facile pour elles de retrouver et de revisionner les enregistrements. Aussi, on a choisi le format live pour offrir aux spectateurs la possibilité d’écrire des commentaires au cours des présentations. Le but était de faire fructifier les échanges ! Puis, dans l’idée de créer une séance privée, il y a un peu l’idée de se doter d’une salle de répétition. Dans ce genre de salle, on est entre nous et on peut se permettre d’essayer des choses sans qu’il y ait d’attente de performance. On voulait faire de nos Facebook live des séances dédiées à nos participants.

  1. Comment la sélection des extraits choisis pour inspirer les participants s’est-elle produite ?

Mon idée était de recevoir des invités, dans cet esprit, justement, d’interactivité. Je tenais à ce que ces invités-là choisissent chacun un extrait à présenter et qu’à chaque épisode, ils reviennent pour commenter les autres extraits. Deux invités ont joué le jeu : Jean-François F. Lessard, notre directeur artistique, et Julie Pichette qui est professeure dans nos ateliers de danse depuis plusieurs années. J’ai aussi moi-même choisi un extrait pour la dernière séance. L’objectif était que chacun présente une œuvre « coup de cœur ». Alors que Jean-François avait choisi de présenter un de nos vidéoclips, j’ai demandé à Julie qu’elle choisisse une chorégraphie qu’elle a elle-même créée pour Entr’actes. Je me suis imposé le même exercice : j’ai choisi mon extrait parmi les pièces de théâtre que j’avais écrites. Dans l’ensemble, je voulais que les extraits présentés témoignent de la diversité propre à Entr’actes. En réalité, on souhaitait beaucoup évoquer le passé d’Entr’actes à travers ces créations et souligner la variété artistique qui anime Entr’actes. Tu vois : un espace artistique diversifié avec des gens de la diversité !

  1. Est-ce que les œuvres qui ont été créées par les participants ont été à la hauteur de tes attentes ?

Oui, et pour plusieurs, elles ont même complètement dépassé mes attentes ! Parmi les vidéos, il y avait un beau travail créatif et plein d’imagination qui transparaissaient dans un réel souci de mettre les choses en image. On avait aussi des textes qui nous faisaient voyager et réfléchir : autant des histoires de fiction que des écrits plus personnels et philosophiques. En fait, en choisissant de ne pas faire de direction artistique sur ces œuvres, je voulais que les participants soient complètement libres de s’exprimer de la façon qui leur faisait envie. Et d’aborder, à travers les extraits présentés, ce qu’ils avaient le goût d’aborder. Pour que ça vienne vraiment d’eux, que ça révèle leurs désirs artistiques et qu’ils réalisent leurs capacités artistiques à leur manière ! On a pu découvrir l’univers de deux de nos participants en initiation de cette façon-là; j’en étais très content. Cette liberté créative là était un grand défi qu’on a lancé. Créer, ça demande énormément. Il y a de quoi être fier de ce qui a été partagé.

  1. Pourrait-on dire que le projet Ricochet a été un premier pas vers la transition en ligne des ateliers de formation artistique ?

C’est sûr que les recherches que j’ai faites sur les plateformes numériques pour ce projet précis m’ont donné l’occasion de voir ce qu’il était possible d’accomplir avec des ateliers en ligne. Pour concevoir les séances du projet Ricochet, j’utilisais trois plateformes : Zoom pour accueillir les invités, OBS pour assurer les transitions et Facebook pour diffuser les présentations ! L’apprentissage de tout ça nous a donné les connaissances de base nécessaires pour que nous puissions faire le saut correctement lorsqu’arriverait la deuxième vague de la pandémie. Mais attention : nous avions des bases, mais nous nous lancions tout de même dans le vide ! Il y avait tant de variables à contrôle que nous ne connaissions pas ! En ligne, par apport aux rencontres en présentiel, tout est différent : le point de vue est différent, la concentration est différente, le contact est différent. Les « connexions » sont différentes ! On a eu à s’adapter pour faire en sorte que ça marche. Mais les participants s’en sont bien sortis, car ils ont redoublé d’ardeur. C’est comme apprendre une nouvelle langue : à travers la caméra et l’écran, on apprend de nouveaux codes et on ajoute alors de nouvelles cordes à notre arc. Pour plusieurs, il s’agit d’un nouveau défi artistique à relever. Ça permet à Entr’actes de rester actif artistiquement, alors qu’il y a tant d’autres organismes qui ont dû fermer leurs portes. D’une certaine manière, c’est un peu comme ça que le projet Ricochet « ricoche » sur nos ateliers d’aujourd’hui.