Ils n'ont peur de rien!

Ils n'ont peur de rien!

16.04.14 Actualités2014

 Par Andréanne Béland

 

Ils n’ont peur de rien. C’est la première réflexion qui s’est imposée à moi au début des ateliers. Leur écriture ne passe pas par les mêmes chemins battus que les improvisateurs traditionnels… Les joueurs d’Entr’actes empruntent les chemins de traverse, ceux où poussent la magie et la poésie. Ils émeuvent et surprennent tous ceux qui ont la chance d’être témoin de leur création.

 

Oui, il faut s’adapter à leur rythme. Oui, ils ont un geste maladroit et un verbe imparfait, mais leur potentiel créatif, lui, n’a aucune limite. Ils travaillent plus fort que la plupart des joueurs que j’ai coachés pour comprendre ce jeu, ses règles, ses conventions. Purs passionnés, ils ont à cœur d’évoluer, de devenir une meilleure équipe. Et ils n’ont peur de rien. Mieux encore, les défis les allument. Là où un joueur du secondaire aurait rechigné comme un enfant devant ses premiers choux de Bruxelles, eux, ils en redemandent, prennent même une deuxième assiette.

 

Notre tout premier match a eu lieu à domicile, au Centre Lucien-Borne, avec Les Improvistes un peu avant Noël. Il s’est déroulé en deux parties : en plat principal, nous avons joué un mini-match régulier arbitré par Jean-François F. Lessard, directeur artistique d’Entr’actes, puis en dessert, les joueurs ont goûté à la saveur des Improvistes avec leurs défis inspirés de Whose line is it anyway?*.

 

Avant la saison des matchs, j’ai profité de l’occasion d’un tournoi pour réunir mes deux équipes. Je coache aussi l’équipe juvénile de l’école secondaire Saint-Charles-de-Bellechasse (champions seniors de la LIS 2014). À travers un atelier sur les niveaux de jeu dramatique et mélodramatique, les joueurs ont réellement – excusez-moi ce terme ecclésiastique – communié. Des joueurs que tout oppose, leur âge, leurs aptitudes, leurs référents culturels, réunis pendant deux trop courtes heures autour de leur amour du jeu. J’ai vu mes jeunes pleins d’hormones qui collectionnent les pénalités de rudesse devenir très généreux, faire preuve d’une écoute incroyable que je ne leur connaissais pas. J’ai vu mes joueurs d’Entr’actes, audacieux et contents d’avoir de la visite, les challenger, les déstabiliser avec leurs lignes extraordinaires sorties tout droit d’une boîte à surprise et même faire décrocher les jeunes avec leur univers loufoque.

 

En mars est venu le temps d’aller disputer des matchs extérieurs, en tout nous en avons joués quatre. Nous avons fait notre première visite au tournoi de La Relève de l’Université Laval, dans un match spécial ayant lieu juste avant les éliminatoires. Ce match convivial, instauré par un de mes prédécesseurs, est devenu une tradition. Dans le plus bel improvisoire de la région, les équipes mélangées, formées de joueurs d’Entr’actes et de joueurs étoiles du secondaire se sont livrées une chaude lutte qui s’est terminée à pointage égal devant un public nombreux et réceptif. Notre deuxième match a eu lieu à l’école Madeleine-Bergeron où nous avons rencontré les Voltavômes du Cégep de Sainte-Foy. Nous avons reçu un accueil très chaleureux  dans cette école qui a vu grandir deux de nos coéquipiers. Les joueurs d’Entr’actes ont su capter l’attention de ce public particulier avec leur jeu très physique, je pense à une impro où le joueur Marquis interprétait un singe et à une autre où les joueurs Verner et Plante ont joué aux marionnettes. La semaine suivante, nous avons été reçus par l’équipe des Chapeaux Mexicains dans leur Café Le Complice à Charlesbourg. Le match, arbitré par Erika Hounzell de la SIT, a pris des airs de burlesque avec des histoires complètement déjantées particulièrement grâce à l’apport de deux anciens (Rémi et Olivier) qui se sont joints à l’équipe ce soir-là et qui s’étaient visiblement ennuyés de l’impro!

 

Notre saison s’est achevée à l’Aligorie du Patro de Lévis, ligue dans laquelle j’ai le plaisir d’évoluer depuis près d’onze ans. Quel bonheur j’ai eu à voir se découvrir mes coéquipiers et ma gang d’Entr’actes! Je me suis même permis un caméo dans l’impro narrée menée d’une main de maître par la joueuse Duclos, mettant en vedette ma complice Lussier-Lévesque en nerd éprise du quaterback sexy endossé par le joueur Marquis! Plusieurs semaines plus tard, un spectateur fidèle de l’Aligorie me rappelait une réplique cinglante du joueur Plante lors d’une impro très irrévérencieuse où il interprétait un père indigne. Leur construction, leur répartie, leur générosité et leur écoute, ce soir-là, m’ont rendu très fière du parcours que nous avons fait ensemble. D’ailleurs, ils ont gagné. Mais la vraie victoire ne se compte pas en points… Partout où nous sommes passés, ils impressionnent faisant tomber les préjugés – souvent inconscients admettent-ils – qu’avaient, les autres joueurs, parents et membres du public. Les éloges et les applaudissements pleuvent et sont sincères. Les rires aussi. Des moments gravés dans leur mémoire et leurs sourires dans la mienne, à jamais.

 

Merci pour la belle année! Longue vie à Entr’actes!

 

P.S. Je profite de la tribune qui m’est offerte aujourd’hui pour saluer le travail de mes deux complices Sandrine et Marie-Ève. Elles n’avaient jamais fait, ou presque, d’impro. Elles se sont prêtées au jeu, ont bataillé parfois contre leur inconfort et, inspirées par ces joueurs qui n’ont peur de rien, elles ont appris à se lancer dans le vide sans filet. Merci les filles!

 

* une émission de télévision anglo-américaine d'improvisation théâtrale diffusée sur ABC.