27 octobre 2014

27 octobre 2014

03.12.14 Actualités2014

Par Jean-François F. Lessard

J’sais pas trop si Pierre pensait que ça allait durer 20 ans. J’veux dire, il pensait que ça allait durer, sûrement, mais j’crois pas qu’il s’était aventuré à mettre un chiffre là-dessus.

En tout cas, depuis le 27 octobre 2014, Entr’actes, ça fait 20 ans. C’est officiel, vrai comme j’suis là. Moi, ça fait 12 ans comme directeur artistique. Plus longtemps si on ajoute les 2 ans et quelques où j’ai été là comme enseignant. Moi aussi, quand j’ai mis les pieds pour la première fois dans l’univers d’Entr’actes, j’pensais pas que ça allait durer aussi longtemps. J’veux dire, durer aussi longtemps en moi, pis moi qui dure aussi longtemps là-dedans.

Entr’actes, une tête dure qui dure. Ça aurait été un bon titre d’article, mais ça fait un peu trop « slogan ». Mais quand même, c’est un peu ça ! Ça dure parce qu’à Entr’actes, en plus de la passion qui anime tout geste artistique, il y a la conviction de tenir quelque chose de significatif qui doit cheminer, évoluer, avancer, coûte que coûte. Faut y croire en maudit, pis des fois avoir la tête dure pour foncer comme un bouc dans le mur des idées préconçues.

Tu fais tomber des limites, pis des peurs, pis des discours anciens, pis des habitudes rouillées. Pis des questions ennuyantes comme : « Y sont-tu capables ? », « C’est-tu de la thérapie ? », « C’est-tu des pros ou des amateurs ? »… Tu fais tomber tout ça, tu prônes le développement, la mixité, la pertinence, l’originalité, la beauté de l’imperfection, pis là, apparaissent des idées un peu folles qui mènent à des créations atypiques dont l’impact toujours nous dépasse. C’est comme ça depuis le début à Entr’actes, on est souvent surpris par ce que ça donne. Tout ça, sincèrement, ça se mesure pas, ni avant ni après.

Des murs à faire tomber, il y en aura toujours, pis il y en avait plein aussi en 94. Pierre l’avait bien compris dès le début. La tête dure d’Entr’actes, cette conviction qui fait que c’est dans notre ADN de durer, disons-le, ça nous vient en grande partie de lui !

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J’vous parle de tête, mais faut aussi que j’vous parle de cœur. Entr’actes, c’est surtout une affaire de cœur, qui donne l’envie de célébrer ici et maintenant, avec exubérance et émotion. Ça se sent. En tout cas, moi, je le sens. 20 ans c’est pas rien, y a bien des gens qui ont envie de fêter ça. Les artistes : participants, complices, enseignants, concepteurs, interprètes. La belle gang du bureau, pis celle aussi belle du conseil d’administration. Pis les proches, les sympathisants, les vendus à la cause, les donateurs, les ambassadeurs. Pis les partenaires, culturels, communautaires, gens d’affaires, gens de rêves. Pis le public bien sûr, grand public, moyen public, énorme ou plutôt petit, lui aussi fait partie de la dynamique d’Entr’actes.

Ça fait une fête par et pour beaucoup de gens et c’est tant mieux ! Je vois ça comme une grosse gang qui profite de l’occasion pour dire haut et fort qu’Entr’actes lui tient à cœur, que cette prise de parole hors norme, avec tout le brassage social et artistique que ça entraîne, c’est important.

Comment on fête ça ? Ça s’passe quand ?

Vous croyez quand même pas que là, j’vais tout vous dire, tout de suite, dans le détail ? Y faut savoir se réserver des surprises ! Sachez d’abord qu’il y aura de nombreuses occasions de célébrer et que ça fait déjà un p’tit bout qu’on prépare tout ça. Y’a eu ces ateliers d’écriture qu’on tient depuis deux ans et qui déboucheront sur un spectacle qu’on n’oubliera pas de sitôt. Y’a eu ces discussions avec plusieurs beaux partenaires du milieu culturel, pour que notre 20e anniversaire soit l’occasion de nous rendre plus présents que jamais au sein de notre communauté. Y’a même eu cette boîte à suggestions qu’on a fait remplir par tous, mi-sérieux mi-foufous, l’an passé après le spectacle des ateliers. Tout ça et, bien sûr, ce désir de mettre en valeur ce qui est là, depuis toujours, tant dans notre volet des ateliers que dans celui des productions.

En fin de compte, ça donnera une intense saison de célébrations qui s’étendra de mars à juillet 2015. Spectacles, événements, retrouvailles, un concentré festif aussi tripatif que significatif (je sais, ça rime). On lancera la programmation de tout ça début mars. D’ici là, par diverses manifestations telles que les deux articles d’aujourd’hui, on profitera des festivités pour jeter un œil sur ce qui anime Entr’actes depuis 20 ans, sur l’importance que tous y accordent.

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Justement, au rayon des manifestations, le 17 novembre dernier, on est descendu dans la rue ! Il faut parfois prendre le politique par les cornes. Dans ce cas-ci, le politique, c’est le ministère de la Santé et des Services sociaux qui nous verse une subvention annuelle pour assurer notre volet « ateliers ». Considérant l’impact que nous avons eu depuis 20 ans et notre champ d’action sans cesse grandissant, il est clair qu’on ne nous transfère pas l’argent qu’un organisme comme le nôtre devrait recevoir. On n’est pas tout seul dans cette situation. Plein d’autres organismes qui font dans l’action communautaire sont sur le mode « austérité » depuis un trop grand nombre d’années, peinent à remplir leur mission adéquatement et envisagent coupures et fermetures.

Le 17 novembre, donc, on s’est joint à la mobilisation qui a regroupé tous les organismes communautaires du Québec. On a fermé nos portes pendant 225 minutes, symbolisant les 225 millions qui manquent à l’ensemble du réseau communautaire. Mentionnons ici qu’il y a environ un an, le gouvernement péquiste s’était engagé à combler une partie de ce manque à hauteur de 162 millions, augmentation que le gouvernement libéral s’est empressé d’annuler à son arrivée au pouvoir.

Pendant cette fermeture de portes, nous avons posé une action Web sur Facebook, puis effectué quelques interventions extérieures pour finalement rejoindre les autres organismes devant le Parlement. Pour nous, cette mobilisation fut l’occasion d’affirmer l’importance qu’a Entr’actes aux yeux de nos participants. C’est super de fêter nos 20 ans et on a le sourire étampé dans la face, mais à la hauteur de la ceinture, c’est particulièrement serré, pis on se dit que ce serait essentiel qu’Entr’actes puisse encore grandir et fêter bien d’autres anniversaires. J’imagine qu’il va falloir se battre pour faire tomber d’autres murs. Et avoir la tête encore plus dure pour durer encore !

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